Histoires de Chastenberg


XXXVI


Les étendards pestilentiels et la Lune




Temps cyclothymique - 20h00 (heure locale) - demi-sommeil

Chastenberg est abasourdi par la caramélisation des esprits  et par le manque de tendresse de la bavette, comme si de petits rats synaptiques et érectiles s'étaient répandus insidieusement dans la tête des gens, des bovins, des capridés, des musicothéropates, des shipchandlers et des sigillographes.

[sommeil?]

Vision d'une sorte de marée brunâtre qui -masquée depuis longtemps- apparaîtrait désormais au grand jour. Un carnaval de mauvais goût. Une quadrature du cercle sous forme de maladie du crabe qui toucherait la raison et le rêve . Des morceaux en forme de gomme qu'aurait composé un musicien cynique et passéiste.

[cauchemar?]

Le plus dramatique dans tout ça, c'est qu'à un certain moment, les êtres subissent une transformation. Pas tous heureusement, mais en assez grand nombre tout de même pour former des hordes, non pas sauvages mais disciplinées et bien alignées.

Cette transformation est lente au début puis de plus en plus rapide

D'abord, ils aiment le mazout, la graisse de porc crue et les sigles apocryphes. Puis leur visage se change du dedans et les synapses -endommagés- se métastasent avec précision et calcul scientifique.

Ils attaquent en premier le lobe frontal, puis les zones encéphaliques du siège de la raison.

Enfin, des gens se transforment... des moustaches poussent, le teint devient grisâtre, le nez se profile, une queue filiforme pousse... les yeux deviennent mesquins.

Ils se ratifient  en perdant leur
humanophonie. On en voit qui sifflent, qui piétinent plus qu'ils ne marchent, et qui éructent plus qu'ils ne parlent.

Déjà, dans les rues, Chastenberg observe ces petites bandes de rongeurs en ordre de bataille, disciplinés, bousculant les petits monticules de terre, rythmant leur pas au son de grelots tintinnabulants en invoquant des légendes du Monde des égoûts.

Il entend des slogans dans une langue inconnue de lui, des hymnes, des imprécations, des chansons loftiennes.Il observe des attitudes prognathes. Il remarque aussi que certains brandissent des étendards qui puent la naphtaline. Il en a de la nausée.

[demi-sommeil encore?]

Chastenberg croise un gars qui hurle :

- Mon arme est un petit bout de papier.

Et il part à grandes foulées graciles, en remuant la queue et en dressant ses deux petites oreilles... comme si ce qu'il avait dit devait être entendu par le vent... histoire que ça se propage plus vite.

- Bizarre !


Temps variable - 23h00 (heure du bocal) - rêveur

Chastenberg se promène le long du rivage. Il observe la marée liliputienne et le phare qui brille comme une étoile dans la nuit.

Une fine lumière irradie la rade -comme qui dirait son plombier, amateur de contrepéteries en tout genre- (mais qui pour le coup se plante puisque qu'aucun jeu de mots n'y est décelé !)

Il y a pas mal de monde : des gens qui roulent sur des planches molles, d'autres qui se cassent la figure parce qu'ils chaussent des espadrilles avec semelle à roulettes ou qui promènent leur chat andalou en lui lançant au loin des objets qu'il est censé rapporter au pied.

Il y a aussi des bas-dos... personnes de petites tailles à l'allure bonhomme.

Au loin, un attroupement. Des sons musqués. Des éclats de rires jonchant le sol diésé et sablonneux.

Il s'approche.... et découvre des musiciens africains qui jouent
rythmiquement du Mozart sur des bidons comme ils le feraient en tambourinant l'eau de mer pour lui apprendre la vraie musique des hommes.

Un rire déchire la mélodie percutatoire. Un rire sous forme de 3 croches et d'une ronde pointée, repris en fugue par quelques personnes qui s'en vont.

Un rire avec rime riche à l'hémistiche. Un rire stylistiquement rimbaldien.

Un truc très fin, complexe pour qui souhaite le reproduire dans un écrit (j'éprouve pas mal de difficultés à vous le décrire dans toute sa subtilité)

Chastenberg se demande s'il n'est pas un peu sot d'avoir sellé son cheval de bataille en pensant que l'heure était venue de crier longuement dans la nuit.

Surtout qu'en la circonstance, il s'agit d'une longue mélopée.... à base d'imitations de chauve-souris au moment du sevrage du petit.

En plus, il faut bien imaginer que lorsque la femelle gratte nerveusement son nid, le bruit qu'elle engendre rappelle un peu une trompette du cygne qui se rebiquerait en prenant la forme d'un vagissement qui partirait en vadrouille.

Silence soudain.

Chastenberg est manifestement attiré par le reflet argenté de l'eau...

Le rayon lunaire semble dire :

    mon sourire est resté accroché à vos entourloupes
    et mon nombril aussi


Chastenberg réalise alors qu'il vient sans doute de découvrir l'indécouvrable, l'indicible. Ce qui ne peut être compris que par des fous ou des rêveurs.

La Lune Parle !!

Si on la regarde dans le reflet !

En plus elle aurait un nombril.... serait-ce le fameux nombril delphique du monde  ?

Quelle tromperie ! C'est la Lune qui est le nombril du Monde ! Et pas la Terre ! Ouarf !

    - Mais pourquoi lui dit-elle qu'il commet des entourloupes ?

 Une petite voix agite l'air et dit :

Une entourloupe c'est une chaloupe qui entoure l'imagination lorsqu'elle est captive du rêve.

Chastenberg est médusé, homme-grenouillisé, thonifié, hareng saurisé.

    - Et si cela pouvait-être vrai ! J'entourlouperais bien mes amis, ma famille et ma tribu pour qu'ils puissent échapper à certaines visions des froids.

   








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Dernière mise à jour : 27 avril 2002 Valid HTML 4.0!